Un coup de gueule salutaire relevé dans Mediapart :
Une poubelle aux chandelles pour Noël ?
13 Décembre 2010 Par samines
Cela commence par une dépêche de l'AFP (voir ICI) largement reprise par La Nouvelle République du centre Ouest (ICI), Les Echos (ICI), Le Point (ICI), 20 minutes (ICI) et j'en passe. De nouveaux modes de consommation arrivent !
Crise oblige, on peut désormais trouver sur le Web des sites spécialisés dans la fourniture d'échantillons gratuits (ICI ou ICI, inventaire des sites ICI). Bon, ne cherchez quand même pas douze échantillons de foie gras pour Noël, non plus. Vous aurez surtout droit à des shampooings ou des croquettes pour chat.
Crise oblige, toujours, le troc reprend des couleurs et se numérise. On y échange des livres (ICI), des trucs (ICI) ou des machins (ICI). On peut même donner un bidule à un bout-du-mondiste que le net rapproche de nous (ICI). Vous ne savez pas quoi faire de la cafetière à mazout de Tonton Sigismond ? Le four à manivelle de Tante Aglaë ne trouve pas preneur sur mézokazanbéton.fr ? Proposez le contre un lot de casseroles sans manche, vous dégagerez le bas de l'armoire de la chambre et gagnerez un joli lot de pots de fleurs en aluminium prêts à peindre.
Les "plans débrouille" se multiplient au point que c'est une "génération débrouille" (ICI) qui voit le jour. Et on finit par faire dans l'artisanat du recyclé (ICI).
Au bout du compte tout cela reste sympathique, même si cela sent parfois un peu trop le maquillage.
Mais, venu d'outre-atlantique, une tendance nouvelle (devrais-je dire un excès de plus ?) nous arrive : les freegan (ICI). Freegan est un mot valise issu de l'association de free( libre) et vegan (végétalien). Le slogan du freegan est simple : "Rien n'est plus sain que manger ce que l'on trouve dans les poubelles". Et l'argument est à savourer : " La nourriture y est gratuite et elle stimule nos défenses immunitaires". Précision qui a son importance : Pour le freegan "La solution à la faim dans le monde est dans les poubelles de New-York".
Il s'agit donc - aussi - d'une démonstration par l'absurde des aberrations de la surconsommation. En français dans le texte, on parlera de "déchetarisme". Le propos est de ne se nourrir que de ce que l'on trouve, où qu'on le trouve, sans le voler (ce n'est pas la philosophie). On n'est plus sur des "plans débrouille", mais sur des "plans poubelle".
Bientôt messieurs, le samedi soir, ce sera très "tendance" de murmurer à votre dulcinée "Devine dans quelle poubelle je t'emmène dîner ce soir ?".
Gageons que les effluves de poireau aillé aux relents de chèvre tiède issus des reconnaissances de terrain que vous aurez effectuées préalablement sauront lui suggérer une piste. Poubelle la vie, donc, en quelque sorte.
Mais peut-être êtes-vous en train de vous demander "Pourquoi ce boursouflé du cortex nous escagasse-t-il le bulbe rachidien avec ces histoires d'aliments à varier ? ". C'est assez simple.
Dans les années 90', il y a eu la mode "Vintage", qui a aujourd'hui ses magasins (ICI) et ses chiffres d'affaires. Puis il y a eu la prolifération de sites de vente d'occasion qui a permis d'écouler le Zigouillator II (celui qui fait "crouiiik - badang - crouiiik - badang") que vous aviez gagné à un tirage au sort d'une loterie oubliée.
Ok
Avec cette notion de "plan poubelle", il y a une limite qui est franchie : celle de la banalisation de la misère, celle de la soumission à l'inacceptable.
Se nourrir de déchets serait donc éthique ? Mais sur quoi comptent-ils ces promoteurs de la marginalisation ?
Le simple fait de le présenter comme un mode de consommation et non comme le symptôme d'une maladie sociétale est en soi nauséabond. AFP ou pas. Et que tous les autres supports médiatiques aient repris l'info au mot près est terriblement inquiétant, pour moi.
C'est qu'ils sont foutus de la promouvoir, la pauvreté ! Qui prête aux médias rend à la mode. Un prêté pour un vomi, donc.
Bientôt on va nous expliquer que puisque ce qu'il y a dans la poubelle des riches permet de nourrir les pauvres, on va supprimer les aides sociales et il faudra dire "merci".
Super, le projet de société.
mauvaise humeur