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 Diagnostic et pistes d'alternatives

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MessageSujet: Diagnostic et pistes d'alternatives   Lun 7 Fév - 11:48


Extrait de Mediapart.fr

Edgar Morin

Rares sont les livres au rendez-vous de leur époque, éclairant les ténèbres alentour et indiquant un chemin d'espoir. Tel est le cas de La Voie, le dernier livre d'Edgar Morin, directeur de recherche émérite au CNRS, mais surtout penseur aussi transdisciplinaire qu'indiscipliné. Sous-titré Pour l'avenir de l'humanité, La Voie fait écho à tout ce qui s'impatiente et s'invente dans le monde, de Tunis au Caire, et jusqu'à Paris.

Frère en incertitude d'Edouard Glissant, qui vient de nous quitter, Edgar Morin avait tôt pressenti les lucidités des poètes. C'est ainsi que deux vers lui servent habituellement de repères, comme des balises sur la voie qu'il a su tracer. Le premier, de Friedrich Hölderlin (1770-1843), sauve le principe espérance des inquiétudes qui le minent : « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve ». Ce que Morin commente ainsi : « Là où croît la désespérance, croît aussi l'espérance. La chance suprême gît dans le risque suprême. » Le second, de Antonio Machado (1875-1939), sauve le principe d'incertitude d'une histoire jamais écrite par avance : « Toi qui chemines, il n'y a pas de chemin. Le chemin se fait en marchant ». Autrement dit, pour Morin, « l'espérance n'est pas synonyme d'illusion », pavée d'idéologies et de certitudes, c'est au contraire une invention qui se crée en s'engageant, en résistant et en avançant.

C’est une révolution profonde de la pensée : cesser de vouloir faire entrer de force la réalité dans le cadre des croyances, dogmes et maintenant « modèles » et faire strictement l’inverse !! Accepter que tout bouge constamment et s’y adapter. Cesser de voir le monde en mode binaire qui permet d’avoir l’apparence du contrôle, donc de masquer nos peurs : bien/mal. Affronter, enfin la réalité, forcément complexe et intriquée et y faire un chemin où les choix, les « petits pas » seront portés par l’éthique humaniste.

Lire La Voie (Fayard, 19 euros), c'est donc retrouver toute cette sagesse, au sens ancien, que porte l'œuvre morinienne, depuis L'Homme et la Mort (1951) jusqu'à La Méthode (six tomes, de 1977 à 2004, rassemblés en un seul volume en 2008, au Seuil), en passant par des dizaines de travaux qui illustrent aussi bien cette « pensée complexe » que cette « sociologie du présent » qui sont sa marque intellectuelle. « Sparsa colligo » (« Je réunis le dispersé »), souligne-t-il en introduction de La Voie dont il inscrit la genèse comme l'aboutissement de son cheminement

«La Voie» réunit ce qui est dispersé et séparé
Réunissant ce qui est épars et divers, La Voie rassemble la démarche morinienne dans sa globalité, abordant en quatre parties les politiques de l'humanité, les réformes de la pensée et de l'éducation, les réformes de société et les réformes de vie. En ce sens, ce livre est une formidable introduction à toute l'œuvre et à l'originalité d'une pensée qui ne se laisse pas étiqueter ni classer. Mais, surtout, La Voie rassemble ce qui, pour chacun d'entre nous, semble si séparé, cloisonné et dispersé qu'aucune intelligibilité d'ensemble ne paraît atteignable. Tel est le défi incommensurable que s'est lancé Edgar Morin : échapper à ces spécialisations, savoirs morcelés et certitudes aveuglées qui sont autant d'obstacles à une pensée globale et, partant, à une politique d'émancipation. Librement, Edgar Morin improvise ici une introduction à La Voie :




E Morin pose un diagnostic essentiel, ignoré jusqu’à présent : la crise cognitive ! Nous devons en prendre conscience si nous voulons y remédier !


Dans le moment de transition qui est le nôtre, La Voie est donc un livre essentiel. Et essentiellement politique. Appelant depuis longtemps à une « régénération de la pensée politique » qui allie « politique de civilisation » et « politique de l'humanité », Edgar Morin ébranle sa famille politique, la gauche, dans ce qui la paralyse et l'immobilise, la plongeant dans une longue impuissance et un lent chagrin. Il s'en prend à cet économisme qui, au pouvoir, l'a conduite à pactiser avec ce capitalisme financier qui « s'est mis au-dessus de l'humanité et (que) nous devrions mettre au ban de l'humanité ».
Prolongeant et approfondissant ses deux livres précédents (Pour et contre Marx, Temps Présent, 2010 ; Ma gauche, François Bourin, 2010), il l'invite à prendre l'homme dans toutes ses dimensions, non seulement sapiens, mais aussi demens, non seulement faber mais aussi mythologicus, non seulement economicus mais aussi ludens. Ne renonçant pas à ce qui fut au cœur de l'invention marxienne, ce souci d'embrasser l'expérience et la connaissance du monde, de ne pas séparer mais de relier, Edgar Morin appelle la politique à « penser en permanence et simultanément le planétaire, le continental, le national et le local ».

Une curiosité généreuse pour l'événement

« Nous ne savons pas ce qui se passe, et c'est cela qui se passe » : citant Ortega y Gasset (1883-1955), Edgar Morin souligne la difficulté de penser l'événement dans la mesure où « la connaissance est en retard sur l'immédiat ». Rejoignant ce qui fut son credo de chercheur avec la sociologie de l'événement (appliquée notamment lors des événements de Mai 1968 avec Cornelius Castoriadis et Claude Lefort dans leur livre commun Mai 1968 : la brèche), il développe et illustre, avec La Voie, une démarche qui pourrait utilement inspirer tous ceux qui, face au risque d'un événement inattendu, sont tentés de le rabattre sur leurs anciennes certitudes.

« Le présent, écrit-il dans un passage que tout journaliste devrait méditer, n'est perceptible qu'en surface. Il est travaillé en profondeur par des sapes souterraines, d'invisibles courants sous un sol apparemment ferme et solide. De surcroît, la connaissance est désarçonnée à la fois par la rapidité des évolutions et changements contemporains, et par la complexité propre à la globalisation [...]. Enfin, nous, habitants du monde occidental ou occidentalisé, subissons sans en avoir conscience deux types de carences cognitives : les cécités d'un mode de connaissance qui, compartimentant les savoirs, désintègre les problèmes fondamentaux et globaux, lesquels nécessitent une connaissance transdisciplinaire ; l'occidentalo-centrisme qui nous juche sur le trône de la rationalité et nous donne l'illusion de posséder l'universel. Ainsi ce n'est pas seulement notre ignorance, c'est aussi notre connaissance qui nous aveuglent. »

Cette curiosité généreuse d'Edgar Morin pour le présent, ses détours et ses bifurcations, se retrouve dans sa vision de la révolution numérique, à mille lieues des crispations conservatrices de certains milieux intellectuels. Le lecteur trouvera ainsi, au chapitre plaidant pour une « démocratie cognitive et communicationnelle », un plaidoyer lucide pour Internet, d'un Internet tiré vers son meilleur, c'est-à-dire « dans le sens de la connaissance et de la compréhension ». Illustration par son analyse de l'effet WikiLeaks, cette mèche d'informations planétaires qui, une fois allumée, a sans doute ébranlé l'hyperpuissance américaine et ses relais dictatoriaux

La compréhension, clé d'une réforme de vie

On louperait une partie essentielle de la pensée morinienne si l'on ne s'arrêtait pas sur lui-même comme spécimen de cette « réforme de vie » qu'il appelle de ses vœux et dont l'auto-éthique, cette capacité à s'auto-réformer, serait la clé. « La réforme de vie, écrit Morin, nous conduirait à restaurer la convivialité, cette aptitude à la sympathie et au dialogue avec les partenaires de nos vies quotidiennes, à commencer par nos voisins, comme avec les inconnus de rencontre. »
Pour Morin, la compréhension de l'autre est le moteur de cette convivialité réinventée : « Réduire autrui à son ethnie, à sa race, à sa religion, à ses erreurs, à ses fautes, à son pire comportement, aveugle aussi bien sur lui que sur soi-même. La compréhension est une composante capitale de la réforme de vie. Comment espérer le moindre progrès de société s'il n'est pas lié à un progrès dans la compréhension d'autrui ? »

La Voie est un livre qui redonne espoir et courage, et c'est pourquoi il faut le lire d'urgence. C'est aussi un livre qui fait lien entre passé et futur, préservant le fil fragile des révoltes, de ces indignations qui mènent aux résistances où se créent de nouveaux possibles. De nouvelles métamorphoses, de nouvelles libérations.

En finir avec la peur de l'autre, la leçon de l'historien Pap Ndiaye


Pap Ndiaye montre encore que ces discours sur l'immigré incapable de s'intégrer et d'accepter les mœurs ou la démocratie européenne supposent un Autre à jamais "étranger", borné et incapable de changer ou d'apprendre. "Une telle conception néglige les changements profonds que connaissent les pays et les populations du Sud avec la mondialisation du commerce, l'incroyable brassage des cultures et des informations via Internet, l'urbanisation rapide, la diffusion massive des nouvelles technologies de communication. Une telle vision méconnaît encore ce que l'expérience migratoire apporte aux migrants, les bouleversements qu'elle suscite, les reconfigurations culturelles, religieuses, familiales, et ses effets sur les cultures européennes, particulièrement celles des jeunes urbains."
Enfin, sans renier les problèmes soulevés par le "vivre-ensemble" dans une société multiculturelle, Pap Ndiaye soutient la nécessité d'une politique qui défendrait certains droits d'expression des minorités.

En effet, l’un des plus grand défi du XXIéme siècle est de dépasser les peurs ancestrales (largement instrumentalisées par les pouvoirs) : peur de l’inconnu, peur du changement, peur de l’autre, peur du choix. Internet est un merveilleux outil pour dépasser ces peurs, en majeure partie basées sur l’ignorance !

Enfin, 2 économistes d’Alternatives Economiques


P Frémaux : « Le problème est qu’aussi longtemps que les gouvernements européens se montreront incapables de mieux coordonner leur action, aussi longtemps que les pays émergents surexploiteront leur main-d’œuvre avec la complicité des multinationales, aussi longtemps que la solidarité entre gagnants et perdants ne sera pas à la hauteur de l’enjeu, la promesse de sécurité que portent les discours protectionnistes trouvera ds oreilles attentives.
Il est désormais urgent de construire, autrement qu’en paroles, un ordre économique mondial ouvert tout en étant socialement et écologiquement soutenable.
Un sérieux défi pour ceux qui nous gouvernent aujourd’hui ou aspirent à nous gouverner demain. »
D Clerc
analyse « le rapport sur le développement humain » publié par le programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) qui vient de paraître :
Il affirme que « Les personnes sont la vraie richesse d’une Nation »
Il propose l’Indice de développement humain (IDH) : le « grossier PNB » est complété par l’espérance de vie et le taux de scolarisation.
Il critique : « Les marchés peuvent être nécessaires à un dynamisme économique soutenu, mais ils n’amènent pas nécessairement ds progrès dans les autres dimensions du développement humain » (Tunisie et Egypte en font l’illustration….)
« sans une action étatique et sociétale complémentaire, les marchés peuvent être déficients » en matière environnementale , sanitaire ou éducative.
Il ne suffit pas que l’économie marche bien pour que la société en bénéficie.


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