Lee73 Admin

Messages: 601 Date d'inscription: 04/03/2010 Age: 55 Localisation: St Jean de la Porte
 | Sujet: Jacques Chirac volume 2 : un constat à méditer Lun 13 Juin - 9:48 | |
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Comme d'habitude, les "analystes avisés" de la chose politique se sont surtout polarisés sur les rares passages du second volume des mémoires de Jacques Chirac dans lesquels le nom de Sarkozy apparait. Et comme d'habitude, les journalistes sont passés à côté de l'essentiel.
Car c'est bien évidemment dans les premiers chapitres consacrés aux missions du chef de l'Etat sous la Ve République qu'il faut voir les critiques les plus fondamentales et le constat le plus inquiet de l'action de l'actuel locataire de l'Elysée.
Faisant référence à ces prédécesseurs, le fondateur, Charles de Gaulle, le successeur, Georges Pompidou et celui qui sut s'adapter à un système qu'il avait pourtant combattu, François Mitterrand (on notera au passage que Valéry Giscard d'Estaing - VGE - est absent de cet hommage à l'Histoire présidentielle), Jacques Chirac nous décrit la "feuille de route" attachée à la fonction. Et elle apparait comme une photo dont le négatif, au sens plein du terme, peut être parfaitement opposable à Nicolas Sarkozy : aucune trace d'humour corrézien dans ces passages !
Le président de tous les Français, respectueux de la souveraineté du Peuple
"Il ne suffit pas de remporter une élection présidentielle pour s'imposer comme le "président de tous les Français", selon la formule consacrée. Y parvenir exige, à tout le moins, une certaine évolution personnelle, la prise de conscience d'une métamorphose nécessaire, sous peine de ne jamais franchir le simple statut de chef de parti."
"Une des missions premières du président de la République est bien de privilégier en toute circonstance la cohésion nationale, et non les facteurs d'affrontement et de division. Un Etat fort, c'est aussi une nation rassemblée."
Sans illusion sur les dérives associées à l'abaissement de la fonction suprême, l'ancien chef de l'Etat évoque la fracture politique entre le Peuple et ses "élites", "Minés par le conformisme ou les effets de mode, nombre d'experts, d'intellectuels et, hélas !, de dirigeants ne croient plus possible d'empêcher la dilution du politique dans les jeux de miroirs de la société du spectacle.". Se gardant de tomber dans l'effet passager, Jacques Chirac rappelle son intérêt pour les analyses et rapports de ses collaborateurs dont les diagnostics "s'inscrivent dans une toute autre durée que celle des sondages ou des constats purement journalistique".
Une pratique institutionnelle respectueuse des équilibres
Rappelant que pour le Général, la France sans l'Etat n'était rien et qui savait "tout ce que la dégradation de ses institutions avait coûté à la France de défaites, de souffrances et d'humiliations", l'ancien ministre de Charles de Gaulle et de Georges Pompidou, l'ancien Premier ministre de VGE et François Mitterrand insiste sur la déliquescence du binôme Président de la République / Premier ministre.
"A cet égard, VGE m'a surtout appris, …, que restreindre l'autorité du Premier ministre conduit inévitablement à affaiblir celle du chef de l'Etat."
"De VGE, je ne partageais pas la conception d'un Elysée s'occupant de tout, tranchant et décidant de tout., …, En France, une telle conception ne peut conduire qu'à la confusion des pouvoirs, à la perte de responsabilité gouvernementale et administrative et, pour finir, à une forme d'inefficacité et d'immobilisme."
François Fillon pourrait sans aucun doute souscrire à ce bilan !
Une fonction présidentielle respectueuse des valeurs immarcescibles de la République
Et la différence essentielle de conception de la mission du chef de l'Etat entre celui élu en 1995 et son successeur éclate pleinement dans "Tout en moi s'insurge contre cet état d'esprit qui voudrait qu'une nation comme la nôtre doive s'en remettre, pour accomplir son destin, à un "ordre mondial" censé tout régler et contrôler à sa place" ! Mais elle tient aussi dans cette description de la philosophie politique de son engagement en tant que président de la République "le refus des haines ethniques et religieuses, le respect de l'autre, la primauté du droit sur la force, en un mot une conception exigeante de l'humanisme". Comme nous sommes loin de ces hauteurs dans la France de 2011…
Un hommage et un espoir, Dominique de Villepin
Par comparaison, les passages consacrés à celui qui fut son principal collaborateur, Dominique de Villepin, sont éclatants d'affection, d'admiration et de louanges. "Homme de caractère, …, inventif, fougueux, stimulant, riche d'une expérience internationale, …, Dominique de Villepin est un excellent antidote à cet esprit courtisan où la servilité le dispute toujours au conformisme.". Face aux critiques accusant le Secrétaire général de la Présidence de la République d'être trop enclin à s'enflammer, celui qui fut son patron remarque "Au moins ne pèche-t-il pas, comme tant d'autres, par manque d'audace, de souffle et de hauteur de vue". Et il évoque "sa conception exigeante et passionnée du service de l'Etat" ! Ici aussi, combien la France de 2011 semble démunie de ces atouts !
C'est bien le portrait en filigrane du successeur naturel de ces grands prédécesseurs à la tête de l'Etat que nous fait le Président Jacques Chirac. Et je sais que nous pourrons compter sur son humour corrézien, devenu national, lorsque la candidature de son ancien Premier ministre sera officielle !
Vivement 2012 ! |
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